CANNABIS - Retrouvez en vidéo la première table-ronde consacrée à la tranquillité publique et la santé

Le 25/01/19

La première table-ronde du grand débat initié par la ville de Villeurbanne sur le cannabis, ses conséquences sur la tranquillité publique, la santé et la jeunesse s’est déroulée le 15 janvier. Cette rencontre fait aujourd’hui l’objet d’une vidéo. Et le débat continue jusqu’au 10 février.

Trafic, insécurité, santé publique, répression… La ville de Villeurbanne a lancé une vaste consultation sur l’utilité de maintenir en l’état la législation sur le cannabis. Débutée le 10 décembre dernier, elle s’achèvera le 10 février. Tous les citoyens peuvent s’exprimer sur une plateforme en ligne, par courrier, lors de lives Facebook ou à l’occasion de tables-rondes. La première de ces deux réunions publiques s’est déroulée mardi 15 janvier à l’Hôtel de Ville sur le thème « Trafic de cannabis : quelles conséquences sur la tranquillité urbaine, la santé et la jeunesse ». Cette rencontre, qui a regroupé près de 200 personnes, a permis d’entendre l’avis de spécialistes (l’avocat Arnaud Adelise , la sociologue Ivana Obradovic, les chercheurs Claire Duport et Nacer Lalam, l’adjoint à la Sécurité de Villeurbanne Didier Vullierme) et le point de vue d’habitants.
 
La soirée a d’ailleurs débuté par le témoignage d’une habitante du Tonkin qui raconte comment, en 5 ans, ceux qu’elle nomme les « voyousins », mi voyous, mi voisins, ont envahi l’espace public dans son quartier : « Ils installent des sièges de jardin, mangent, boivent, jettent leurs déchets par terre, font du bruit… Je veux qu’ils disparaissent, c’est un véritable empoisonnement ! » L’occasion pour Didier Vullierme de rappeler que, si la Ville a souhaité lancer ce débat, c’est à la suite de la multiplication des témoignages de ce genre. Mais régler les problèmes liés aux trafics de drogue n’est pas de la compétence d’une mairie, c’est à l’Etat et à la police nationale que revient cette mission. La Ville est cependant le premier interlocuteur des citoyens. Villeurbanne a donc mis en place diverses mesures, dans la limite de ses compétences, en développant ses liens avec les acteurs locaux de la police et de la justice, en installant des caméras de vidéosurveillance, en étendant les horaires de la police municipale et en renforçant ses effectifs.
 
Pour la sociologue et anthropologue Claire Duport, il existe des éléments récurrents dans les organisations de trafic de drogue : « S’il y a trafic, c’est parce qu’il y a des consommateurs. Mais les trafics sont aussi liés à la configuration spatiale. Ces comportements altèrent la vie sociale d’un quartier, mais ce n’est pas la fin du vivre ensemble », explique-t-elle. Elle souligne « le sentiment d’impuissance face à des activités criminelles porteuses de menaces », mais note des exemples « de mobilisation d’habitants qui permettent de savoir comment intervenir : connaître l’organisation du trafic donne des clés pour savoir comment agir ».
 
L’économiste Nacer Lalam a étudié les mécanismes des trafics : « S’ils existent, c’est aussi qu’il y a des gagnants. Ils existent plusieurs configurations de marchés : dans certains quartiers, les dealers s’approprient l’espace public, avec une véritable organisation du travail ». Des propos qui trouvent un écho dans les recherches d’Ivana Obradovic, directrice adjointe de l’Observatoire des drogues et toxicomanies (OFDT) : « Aujourd’hui, il y a 17 millions d’expérimentateurs de cannabis en France. Ce sont essentiellement des jeunes ». A ce succès, elle voit plusieurs raisons dont l’attrait d’un produit illicite pour les consommateurs, ou les gains phénoménaux pour les dealers (on estime les profits du cannabis à 1 milliards d’euros par an en France). Elle ajoute une remarque sur les lieux de trafic : « Ce sont le plus souvent des quartiers qui manquent de services publics, d’emplois… Donc les politiques de lutte contre les trafics doivent passer par des politiques sociales ».
 
L’avocat Arnaud Adelise rappelle que le trafic de stupéfiant peut être puni de peines allant jusqu’à 10 ans de prison, et même 20 ans en cas de récidive légale. Mais il concède que « dans la réalité, on poursuit peu la consommation de produits stupéfiants. C’est bien trop lourd et ça n’en vaut pas la peine ». Le consommateur repart souvent avec un rappel à la loi et une injonction thérapeutique, mais « la justice n’a pas les moyens de contrôler » que les consommateurs se font soigner, comme elle manque de moyens pour « les centres éducatifs fermés, la protection judiciaire de la jeunesse, l’aide social à l’enfance… » concernant les mineurs. « Si on n’a pas de moyens financiers, matériels et humains pour arracher les jeunes à ce mode de vie, le trafic va générer à nouveau d’autres jeunes qui vont rentrer dans le système ».
 
Plusieurs témoins ont rapporté des situations souvent similaires : un trafic qui s’installe en pied d’immeubles, des tensions qui s’installent, des menaces, un environnement qui se dégradent, des habitants qui cherchent à déménager… « Les nuisances peuvent aller très loin. Pour les propriétaires, ça peut être un prix au mètre carré qui chute ! Pour éviter le détournement d’usage des quartiers, il faut éviter les dalles, les coursives, les caves, les garages… tous les endroits à l’abri des regards », estime Nacer Lalam.
 
Pour Michel, un Villeurbannais, « soit on coupe à la source, soit on légalise. Si on légalise, le trafic s’éteindra de lui-même et les pouvoirs publics pourront s’occuper de faire du social pour les consommateurs qui resteront ». Un policier à la retraite assure que cette situation « est l’illustration d’un échec de la prohibition, échec qui dure depuis 50 ans. Je suis persuadé que la seule issue pour éradiquer ce phénomène qui pourrit notre société et notre jeunesse, c’est de légaliser le commerce du cannabis ».
 
Ivana Obradovic affirme que « tout le monde est d’accord sur un point : le cannabis est beaucoup moins dangereux que l’alcool ou le tabac. Et de loin. Après, la question, même si le risque de dépendance physique et psychique est relativement réduite par rapport aux drogues légales, est qu’il y a quand même un risque pour les ados qui sont dans une période de maturation cérébrale. Jusqu’à 25 ans, consommer du cannabis est déconseillé. Dire que c’est moins dangereux que l’alcool et le tabac ne veut donc pas dire que c’est anodin ». Les risques à court terme portent sur la vigilance, il est interdit de conduire sous l’emprise du cannabis. A long terme, la mémoire, la concentration, la motivation peuvent être affectées. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) devrait se prononcer dans l’année sur l’idée de déclassifier le cannabis de la liste des stupéfiants. Si la résine de cannabis est la forme majoritairement consommée, la place de l’herbe est de plus en plus importante sur le marché. La résine est souvent considérée comme étant de mauvaise qualité (elle peut être coupée par les dealers avec des produits chimiques, augmentant sa nocivité sur les organismes).
 
 
Jeudi 24 janvier de 18h30 à 20h30 à l'Hôtel de Ville :

Table ronde "Prohibition, dépénalisation, légalisation : comment lutter plus efficacement contre le trafic de cannabis ?"

>> S'inscrire à l'événement Facebook

 

Jusqu'au 10 février 2019

Sur la plateforme http://participez.villeurbanne.fr :

- Informez-vous ! Articles et vidéos sur l’état de la législation en France, le baromètre de la consommation…

- Participez ! En déposant une contribution, un avis et/ou en réagissant aux autres propositions.
 

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