Cavagnolo fabricant d'accordéons

Le 21/12/16

Pendant une grande partie du 20e siècle, l’accordéon a régné en maître dans les bals et les fêtes populaires. Villeurbanne a été l’un des hauts lieux de la fabrication de cet instrument grâce à l’entreprise Cavagnolo.

 

Dans la seconde moitié du 19e siècle, l’Italie a vu naître les premières grandes marques d’accordéon (la « fisarmonica » dans la langue de Dante) et a constitué un foyer important pour le développement de cet instrument encore jeune. Ainsi, dès les années 1900, certaines entreprises italiennes, notamment la célèbre Soprani, créent des succursales dans l’agglomération lyonnaise. Elles vendent des accordéons et proposent aussi des cours pour initier un public nouveau à celui que l’on appellera bientôt affectueusement « le piano à bretelles ».

 

Domenico Cavagnolo est l’un des nombreux Italiens qui ont suivi les traces de leurs illustres prédécesseurs. Né à Vercelli, dans le nord du Piémont, en 1884, il apprend le métier de fabricant d’accordéons dans des entreprises de sa région d’origine. Il crée ensuite sa propre marque en 1904 et commence à produire des accordéons à petite échelle car chacun d’entre eux est fabriqué artisanalement et constitue une pièce unique. Mais, en 1923, les graves difficultés économiques que rencontre l’Italie et l’arrivée de Mussolini au pouvoir l’année précédente, poussent Domenico à quitter son pays. Il décide de rejoindre Villeurbanne avec son épouse, ses deux fils, Pietro et Ermanno, et ses beaux-parents. Il installe son atelier dans un petit local, au 49ter cours Émile-Zola, puis déménage au 48 rue Jean-Claude-Vivant. Il dirige alors une entreprise familiale puisque, dans un premier temps, Domenico emploie essentiellement des cousins qui ont, eux aussi, quitté l’Italie pour rejoindre Villeurbanne.

 

La fabrication reste artisanale et nécessite des dizaines d’heures pour chaque instrument car un accordéon comporte plusieurs centaines de pièces réalisées, le plus souvent sur place, dans différents matériaux (bois, métaux, cuirs, tissus, etc.). Le savoir-faire de Cavagnolo dépasse peu à peu les limites de l’agglomération et des accordéonistes de renom décident de lui faire confiance. C’est le cas de V. Marceau (Marceau Verschueren de son vrai nom), le musicien qui fait une prestation musicale remarquée dans le film La Belle équipe de Julien Duvivier, pour lequel Cavagnolo réalise un instrument sur mesure en noyer massif.

 

Mais Domenico décède prématurément en 1937. Ses deux fils, aidés de leur mère, Angela, reprennent l’entreprise. Mariés à deux sœurs d’origine italienne, ils restent très soudés et réussissent à surmonter les difficultés de la guerre malgré une conjoncture peu favorable à une entreprise dotée d’un nom à consonance italienne. Après la Libération, ils continuent à développer l’entreprise grâce à leurs qualités complémentaires : Ermanno s’installe à Paris, 28 Faubourg Saint-Martin, et prend en charge la partie commerciale tandis que Pietro, resté à Villeurbanne, s’occupe de la création et de la fabrication des instruments. Tout comme leur père, ce sont des mélomanes et ils composent des airs d’accordéon dont l’un s’intitule Rue d’Alsace en l’honneur de leur nouveau lieu de production resté à Villeurbanne mais installé, à partir de 1956, au 71 de cette artère. Ils publient aussi des partitions et créent pour cela les éditions Cavagnolo qui ont leur siège à Villeurbanne. La créativité de l’un et le sens du commerce de l’autre permettent de conquérir de nouveaux musiciens tels Marc Bonel, l’accordéoniste d’Édith Piaf, ou Marcel Azzola, qui a longtemps accompagné Jacques Brel.

 

Les années 1960 sont marquées par les décès successifs des deux frères, mais aussi par l’apparition de l’électronique dont Claude, fils d’Ermanno, a été le promoteur avec la création du premier accordéon électronique à transistors au monde, le Majorvox, en 1965. De nouveaux artistes, comme Yvette Horner, rejoignent la marque qui est désormais dirigée par Claude et ses deux cousines, Paule et Françoise.

Dans les années 1970, l’entreprise compte une centaine de salariés dont 90 % travaillent à Villeurbanne, produit artisanalement 2 000 accordéons par an et fournit environ 1/6e de la demande nationale. Elle est alors la première entreprise française d’accordéons. Mais, confrontée à des difficultés économiques au cours de la décennie 1980, l’entreprise Cavagnolo quitte Villeurbanne en 1988 pour s’installer à Saint-Maurice-de-Beynost où elle continue, encore aujourd’hui, son activité, même si les descendants de Domenico ne sont plus aux commandes de la société.

 

 

L’Amicale des accordéonistes lyonnais

Domenico Cavagnolo, qui aimait la musique et n’hésitait pas à jouer dans les cabarets de Villeurbanne avec ses deux fils, est aussi le créateur, en 1928, de l’Amicale des accordéonistes lyonnais pour laquelle le musicien V. Marceau a créé la Marche des accordéonistes lyonnais(1), devenue une sorte d’hymne national des accordéonistes français.

Installée au départ à Lyon, dans le 6e arrondissement, cette société rejoint Villeurbanne pendant la guerre pour se fixer finalement au 50 rue Jean-Claude-Vivant, dans le café Jayet, situé à proximité de l’atelier Cavagnolo, où les répétitions hebdomadaires rythment la vie de l’établissement.

Avant-guerre, le maître de musique de l’Amicale était Mario Brusorio, un musicien accompli qui dirigeait aussi l’Union musicale italienne, la principale harmonie réunissant des immigrants transalpins de l’agglomération. Après sa mort, son fils, Henri, le remplace, avec l’aide de Pietro et Ermanno, permettant ainsi à la société de prospérer pendant plusieurs décennies.

 www.youtube.com/watch?v=AaDV7IV-YQ0

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