Des Pyrénées à Villeurbanne

Le 27/09/16

Les premiers congés payés, en juillet 1936, ont amené Jeannine Solano, 89 ans aujourd’hui, dans le village natal de ses parents, dans les Pyrénées espagnoles. Au moment même où commençait le soulèvement militaire qui allait conduire l’Espagne à une guerre fratricide de trois ans. 

Des Pyrénées à Villeurbanne

«Mes grands-parents paternels, mon père et mon oncle, sont arrivés à pied dans un village de l’Hérault pendant la guerre de 14-18. Ils venaient d’un petit village de la province de Lérida, au nord de Barcelone », raconte Jeannine Solano. C’était en 1917, la France manquait de bras pour son industrie et son agriculture. Et l’Hérault avait besoin de main-d’œuvre pour sa vigne. Mais Jean Solano, du haut de ses 16 ans, n’aime pas le travail de la vigne et part pour Grenoble d’où il correspond avec sa future femme, qu’il a connue au village, et restée à Barcelone.

« Mon père est allé la chercher et ils se sont mariés en 1926 à Puisserguier, à côté de Béziers, où je suis née un an plus tard. Puis, magasinier chez Merlin-Gerin à Lyon, il a construit une maison dans un hameau de Vaulx-en-Velin. Et, à partir de l’âge de 6 ans, je suis retournée dans le sud où j’ai été élevée par mes grands-parents jusqu’au certificat d’études en 1940. » Jeannine revient auprès de ses parents en pleine guerre, et intègre le cours supérieur de l’école Émile-Zola, à Villeurbanne, à l’âge de 13 ans.

Mais quatre ans auparavant, en juillet 1936, grâce aux premiers congés payés, toute la famille est retournée dans le village familial à bord de la vieille auto achetée par Jean. « Ma mère n’avait pas vu ses parents depuis dix ans. Nous avons passé quelques jours à Barcelone, puis nous sommes partis dans les Pyrénées. C’est là qu’on a appris qu’il y avait un soulèvement militaire. Mon père a décidé de revenir immédiatement en France. Mais, à la frontière, ils ne voulaient pas nous laisser passer. Nous avons passé la nuit dans un hôtel. J’avais neuf ans. Partout, c’était l’effervescence, je me souviens des mitraillettes, ça criait. »

De retour à la maison, Jean Solano s’investit dans l’aide aux réfugiés, notamment à partir de 1937, où de nombreux enfants espagnols sont évacués pour les protéger des attaques aériennes. « Mon père était anarchiste, il faisait partie d’un comité antifasciste espagnol. Lorsque le maire de Lyon, Edouard Herriot, a laissé le château d’Ecully comme refuge pour les orphelins républicains, mon père a fait l’installation électrique. »

En 1939, la famille du côté maternel traverse à son tour la frontière. « Les Franquistes avançaient et la maison de mes grands-parents a été transpercée d’une bombe, mais qui heureusement n’a pas éclaté. Mon père les a récupérés au Perthus, avec deux de mes oncles, combattants républicains. Il a aussi réussi à sortir un cousin du camp d’Argelès et l’a caché à Vaulx-en-Velin mais il a été dénoncé. La police est venue, on l’a interrogé. Mon cousin a pu partir et s’est caché dans un premier temps à Puisserguier. Mon père n’a jamais pu avoir la nationalité française ensuite. »

Jeannine, quant à elle, intègre l’école du cours Émile-Zola, en 1941. Elle ne connaît personne et son accent du midi lui vaut les moqueries de ses camarades. « Je quittais mes amis, ma famille, le soleil du midi pour le brouillard et le gel de l’hiver ». Mais, alors que les restrictions étaient le quotidien des familles, « tous les jours, nous avions du lait en poudre et un petit morceau de chocolat vitaminé, que les quakers américains envoyaient en France et qu’on nous distribuait à l’école. »

Tous les jours, Jeannine faisait le trajet à vélo depuis Vaulx-en-Velin. Et c’est à vélo, en tandem, avec son père, qu’elle descend en 1942 voir ses grands-parents dans le sud. À vélo également, lors d’une balade en 1951, qu’elle rencontre son futur mari. Un Catalan, lui aussi, parti de Barcelone en 1947. Tous deux travaillaient à Villeurbanne, où ils ont construit leur maison, et où, 62 ans plus tard, Jeannine habite toujours. 

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