Etienne Debourg : premier maire de Villeurbanne

Le 30/05/16

Depuis 2016, une place de Cusset porte son nom. Portrait d'un homme
qui fut le premier d'une longue lignée d'édiles dévoués à notre cité.

Marche de la Garde nationale de Paris

Le nom d’Etienne Debourg s’est inscrit dans l’histoire le 14 février 1790. Ce jour-là, 129 chefs de famille de notre commune élisent pour la première fois un maire à Villeurbanne. Deux mois auparavant, le 14 décembre 1789, l’Assemblée nationale a, en effet, définitivement supprimé toutes les formes d’administration locale héritées de l’Ancien Régime, notamment les assemblées d’habitants et les consuls qui, jusque-là, avaient géré les villes et les villages. Pour l’occasion, les électeurs se sont « assemblés au son de la grosse cloche à l’issue des vêpres dans notre église paroissiale », à Cusset, puis ont écouté attentivement les explications données par le notaire et le curé du village. À quoi va donc servir cette "municipalité" que les députés ont inventée, et qui va s’en occuper ? Les discours se succèdent, tous enflammés de l’esprit du temps, en ce « premier jour de la restauration de notre liberté », déclare le procès-verbal de la réunion. Puis, « de là, l’assemblée a passé à l’élection du maire ». Une élection d’abord marquée par une hésitation, puis suivie d’une large adhésion : « Le premier et le second scrutin individuel n’ayant pas donné la pluralité absolue des voix, on a procédé à un troisième [tour], dans lequel maître Etienne Debourg a réuni les deux-tiers des suffrages ».
En élisant Debourg, les Villeurbannais ont choisi un homme jeune qui, jusque-là, n’a jamais joué de rôle dans la vie politique locale. Né le 9 octobre 1763, il n’est âgé que de 26 ans lorsque les électeurs lui confient les rennes de la commune. Mais il appartient à une bonne lignée. Habitant le hameau des Buers, il exerce la profession de laboureur et de marchand, ce qui le place parmi les familles les plus aisées du village, au même rang que les Gacon, les Buer ou les Saulnier. À preuve, lorsqu’il s’est marié avec Fleurie Goipard, en 1784, la belle lui a apporté plus de 4 000 livres en pièces d’or et d’argent, l’équivalent du patrimoine de deux ou trois artisans. Puis, durant toute sa vie, Debourg a continué à s’enrichir, achetant des terres à tour de bras, au point de posséder un domaine de 27 hectares, l’un des plus grands de la commune, dont les récoltes et les troupeaux alimentent les marchés de Lyon. L’aisance financière, cependant, ne vaut pas l’expérience, et l’on s’étonne qu’à un moment-clé de leur histoire, les électeurs aient choisi un novice. En fait, la désignation de Debourg semble résulter d’un calcul politique. En votant pour lui, les élites du village, comme le notaire Cochard ou l’ancien châtelain Broal, ont peut-être cru pouvoir le contrôler, en faire leur marionnette. Mais ils ont échoué. D’emblée, Debourg s’avéra un excellent maire. Alors que son mandat fut très court – un an et demi seulement, de février 1790 à novembre 1791 –, il eut le temps d’assembler toutes les pièces de cette nouvelle institution qu’était la commune.
Un temps, les notables tentèrent de faire comme si de rien n’était, réunissant « la plus saine et notable partie de la paroisse », autrement dit les plus riches, comme sous l’Ancien Régime. Mais Debourg convoqua son conseil et, en quelques délibérations, enterra l’ancienne institution en s’appuyant sur les décrets de l’Assemblée Nationale. L’heure était à la démocratie, et non plus à l’oligarchie. Entraînés par le mouvement, ses conseillers se crurent investis de tous les pouvoirs, et prirent des arrêtés de leur propre initiative. Là encore, Debourg remit tout le monde dans le droit chemin, en rappelant qui était le maire. La démocratie n’était pas synonyme d’anarchie. C’est à lui que l’on doit la première mairie, une « chambre assez malcommode », louée dans le presbytère de Cusset. Lui aussi, qui créa le 5 mai 1790 la garde nationale, l’équivalent d’une police municipale, formée par tous les hommes en âge de porter des armes. Lui, qui incarna les idéaux de la Révolution, en mettant notamment en place les nouveaux impôts payés par tous les citoyens et non plus seulement par les roturiers. L’institution communale étant dotée de solides fondations, Debourg consacra ses efforts à l’avenir de Villeurbanne. En janvier 1791, il décida de faire drainer les nombreux marais du village et, surtout, d’améliorer ses routes principales, en bien piteux état. Ainsi, « les avenues étant plus faciles, les citoyens de Lyon fréquenteroient plus souvent nos campagnes et y prendroient goût par la suite et chercheraient à faire des acquisitions », ce dont tout le monde profiterait. Cet ambitieux programme visa d’abord les routes reliant Cusset et Vaulx-en-Velin à Lyon – nos actuelles rue Francis-de-Pressensé et avenue Salengro. Pour réaliser les travaux, Debourg rameuta tous les riverains, qui remblayèrent à leurs frais les fondrières pour les muer en de belles chaussées carrossables. Arriva novembre 1791. De nouvelles élections portèrent au pouvoir Alexis Mermet. Etienne Debourg retourna à son commerce et à la gestion de ses propriétés. Il mourut à Villeurbanne le 17 mars 1837, à l’âge de 74 ans.

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